Chronique : Marcher, une philosophie 1.

Comme j’aime la lecture et les livres, j’ai décidé de chroniquer pour vous quelques ouvrages qui me tiennent à cœur. Pour éviter de vous balancer dix pages de texte brut à la figure que seul les plus assidus d’entre vous prendront la peine de lire, j’ai préféré découper ces chroniques en plusieurs extraits choisis.

rando inside, randonnée, marcher
(source unsplash)

Chaque jours, vous aurez droit à une partie de la chronique que j’ai écrite sur le petit livre génial de Frédéric Gros : Marcher, une philosophie. Je ne respecterai pas l’ordre des chapitres, ce n’est pas important, je posterai en fonction de mon envie du jour 😉 .

Pour vous mettre à la page et savoir de quoi on parle, voici un extrait de la quatrième de couverture :

« La marche, on n’a rien trouvé de mieux pour aller plus lentement.
Pour marcher, il faut d’abord deux jambes. Le reste est vain. Aller plus vite ? Alors ne marchez pas, faites autre chose : roulez, glissez, volez. Ne marchez pas. Car marchant, il n’y a qu’une performance qui compte : l’intensité du ciel, l’éclat des paysages. Marcher n’est pas un sport. »
Si mettre un pied devant l’autre est un jeu d’enfant, la marche est bien plus que la répétition machinale d’un geste anodin : une expérience de la liberté, un apprentissage de la lenteur, un goût de la solitude et de la rêverie, une infusion du corps dans l’espace…
Frédéric Gros explore ici, en une série de méditations philosophiques et en compagnie d’illustres penseurs en semelles (Nietzsche et Rimbaud, Rousseau et Thoreau, Nerval et Hölderlin…) mille et une façons de marcher – flânerie, errance ou pèlerinage -, comme autant d’exercices spirituels. »

Donc, pour aujourd’hui, vous aurez droit à :

La conquête du sauvage : Thoreau

Thoreau est un calculateur. Sa démarche la plus connue, celle de vivre durant 2 ans dans une cabane construite de ses mains ( périodes durant laquelle il écrira son fameux Walden ou la vie dans les bois), n’était pas uniquement une envie de vivre à part.
Calculateur, car il démontrait dans son acte : qu’est-ce que je gagne à faire cela et qu’est-ce que je perds ? Qu’est-ce que je perds comme vie pure quand je m’efforce de gagner plus d’argent ? Vaste sujet…
Que coûte-t-il aux riches d’être riche ? Travailler, s’inquiéter, veiller, ne jamais lâcher. Pour cela il faudra travailler dur et oublier un temps la couleur du ciel ou le souffle léger du vent sur le visage.
Il défend l’idée que le vrai bonheur réside dans la sobriété. Construire son habitation et /ou produire sa nourriture revient moins chère, et travailler moins pour avoir plus de temps libre (il marchait entre trois et quatre heures par jour tous les jours). Il voyait l’avantage de la marche comme une manière d’entretenir le corps, et jouir des spectacles gratuits de la nature, autant de choses que l’argent n’apporte pas.
« Pour gagner de quoi vivre simplement, il suffit de travailler un jour par semaine. Tous les autres jours de travail faits, sont pour gagner l’inutile, le futile, le luxe et dévorent l’essentiel. »
Il met sur le même plan le riche qui peine à gagner ce qui lui permet de rester riche et le pauvre qui s’éreinte au travail pour gagner peu. Thoreau offre une alternative, un à côté, une autre façon de réfléchir le travail. Cela efface la peur de travailler et d’accumuler au risque de mourir subitement sans avoir pris le temps de pouvoir en profiter.
Marcher est l’expérience du réel, un moment de vérité .
Comme Nietzsche, Thoreau préfère l’inspiration de la marche plutôt que l’expérience des livres dans des cabinets d’écriture sombre et poussiéreux. Comme certains s’accordent autant de temps d’écriture au temps de lecture passé, il s’accordait de temps d’écriture autant de temps qu’il avait passé à marcher.

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Henry David Thoreau

« Il est vain de s’asseoir pour écrire quand on ne s’est jamais levé pour vivre. » Où l’expérience de la marche comme support à l’écriture. Un écrit solide comme ce pas encré sur un rude chemin de montagne. L’expérience du vécu plutôt que celle d’un autre dénichée dans un livre.
Il n’avait pas cette approche mystique de communion ou de fusion avec la nature. Il était au naturel et non pas dans la Nature. Marcher rend plus sur. Pas cette sureté acquise à grands coups de belles phrases, de doctrine, de citation ou de théorie mais la sureté du réel, celle acquise par les sensations ressenties, les paysages contemplés, la couleur du ciel ; par quelque chose de vivant. Une certitude muette de l’expérience des sens. « Ainsi l’homme qui marche tout le jour est devenu sûr le soir ».
N’oublions pas que Thoreau est à l’origine des mouvements pacifistes de Gandhi, des désobéissances civil de Martin Luther King et de l’idée de grande zone où la nature garderait ses droits, qui se concrétiseront par les parcs nationaux américains.

Énergie :

Ce cours chapitre, sous le signe de Thoreau également, évoque cette énergie de vie que nous avons dans la poitrine. Celle que l’activité physique de plein air procure, le fait de se sentir vivant. Une énergie de vie qui réchauffe lors des promenades hivernales et fait tenir bon sous les étés caniculaires. L’auteur évoque le souvenir de Thoreau et ses complicités avec les indiens Lakota. Il détails leur proximité avec la Terre comme celle de marcher pieds nue, de s’asseoir et dormir par terre. Pour les Lakota, c’était le moyen de refaire « le plein d’énergie ».

Suite :

Chronique : Marcher, une philosophie 2.

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