La peur du bivouac ou le syndrome du P.C.R (Petit Chaperon Rouge)

Il m’est arrivé de croiser beaucoup de randonneurs passionnés au cours des mes ballades. La plupart d’entre eux, n’avaient jamais franchi le cap de dormir dehors. Des fois, la rando à la journée leur suffisait mais dans d’autres, c’était la peur de dormir dehors.

Je trouve le sujet difficile, car pour avoir questionné mon entourage sur leurs peurs de dormir en extérieur, il en est ressorti que beaucoup de paramètres personnels rentraient en compte.

Pour ma part, je dors vraiment très bien dehors, je m’y sens en sécurité, dans mon élément. J’ai voulu creuser ce qui me permettait d’être si serein dès la nuit tombée et j’ai pu constater que cela n’était pas inné chez moi, ça s’est construit avec le temps.J’y reviendrais dans un second temps.

Il me semble qu’avant d’aborder le sujet du « berger violeur psychopathe mangeur d’humain », il est intéressant de se pencher sur les sources de nos peurs. À mon avis, le vécu, l’éducation, les fantasmes, les présupposés ou les croyances sont autant de facteur qui ne nous rend pas tous égaux devant nos peurs. La différence de sexe joue également dans la balance.

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Pour le sujet, je prendrais l’exemple d’un bivouac en solitaire et il sera important de bien dissocier peur et risque. La question qui tue est la suivante : « mais pourquoi a tu peur d’aller bivouaquer seul en forêt, tu penses que tu es plus en sécurité en ville ? »
Il me semble qu’en plus de notre vécu, il y a des facteurs inconscients qui entrent en jeu. Prenez les contes, les films qui sont passés dans nos têtes d’enfants, les informations et ses lots de fait divers macabres, puis les chimères historiques qui sont restés dans l’inconscient collectif. Pour aller plus loin, l’humain est un animal grégaire, la structure sociale en plus. Toutes ces informations mises bout à bout n’encouragent pas, effectivement, l’envie d’aller jouer au petit chaperon rouge (et je n’ai toujours pas parlé du « berger violeur psychopathe mangeur d’humain »!).

Même si les premières réponses de femmes que j’ai interrogées ont tourné autour de l’agression sexuelle, il n’en demeure pas moins qu’en approfondissant le sujet, il était plus question de la peur de l’inconnu du milieu naturel que de la rencontre de notre fameux « berger violeur psychopathe mangeur d’humain ». Point commun dans lequel ces messieurs les rejoignent. En effet, si vous prenez d’un côté les éléments liés à notre inconscient collectif et de l’autre l’éducation que nous avons sur la connaissance de nos milieux naturels vous vous apercevrez qu’il y a un déséquilibre flagrant.

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En ce qui concerne le cas des d’agressions sexuelles, je vous laisse lire ce paragraphe tiré du site http://www.sosfemmes.com : « Par ailleurs, dans 74 % des cas, la victime connaît ou connaissait son agresseur (pourcentage qui comprend bien entendu les viols sur mineurs – généralement commis par l’entourage proche – mais aussi les abus sexuels commis par abus de confiance, chantage, menace, surprise, violence par des personnes que les victimes connaissent – conjoint, collègue de travail, proche de la famille, médecin ou soignant, etc.). Par voie de conséquence, l’agresseur n’est donc un inconnu que dans 26 % des cas … »
La probabilité d’être agressé(e) sexuellement est alors réduite dans le cas où l’on partirait bivouaquer en solo.

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Des facteurs extérieurs sont aussi déterminants. Si vous procédez à l’allègement de votre sac, il apparaîtra alors, visuellement, comme un sac de randonnée à la journée. Vous attirerez donc moins l’attention en passant dans les villages car les personnes qui vous auront vue, ne se douteront pas de votre bivouac à quelques lieux de là. Il est tout aussi intelligent, et c’est la règle du bivouac, de vous installer tard et de plier le camp assez tôt (19h30-8h dans mon cas). Plus vous êtes discret moins vous attirez l’œil ;-).
Le lieu du bivouac est déterminant. Pour ma part, à partir d’une certaine heure, je marche en repérant des lieux potentiellement acceptable. C’est à dire un endroit sans risque (éboulement, branche morte, lit de cours d’eau asséché, arbre isolé…) et bien sûr un minimum caché ; une fois que je trouve un lieu propice, je laisse mon sac à dos et tourne autour en m’en éloignant pendant maximum 20 min afin de voir s’il n’y a pas mieux. Pour vivre heureux, vivons caché, dit l’adage, et c’est bien vrai.

Imaginez, vous avez laissé le dernier village à 2 km derrière vous, il est 19 h. Vous vous arrêtez sur le sentier et tirez à 90° à droite, vous marcher à peine 5 min et trouvez une petite clairière où le sol est un tapis de mousse attirant. Pas de champs à proximité, pas de coupe de bois, bref, pas d’activités humaines. Qui viendra vous chercher là, si personne ne vous à vue (à 19h la plupart des humains vont passer à table ou rentrent du boulot…).

Vous éviterez également le bivouac dans le passage des engins de toutes sortes : tracteur, engins forestier, motocross…

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L’autre source de peur est la méconnaissance du milieu naturel. Les bêtes, les bruits, les insectes suceurs de sang sont sources d’effroi pour la plupart d’entre nous. Pour avoir fait de l’affût au loup pendant des dizaines et des dizaines d’heures, je n’en ai jamais vu. Les sangliers ? à part détaler à la moindre odeur ou au moindre bruit, je n’ai jamais été embêté. Un cerf, à part se retrouver nez à nez en période de brame, pas de soucis. Les renards ? ces voleurs de poubelles ne vous embêteront jamais si vous prenez soin de mettre hors de leur portée, les tentations que vous aurez amenées avec vous. Quoi d’autres hormis les Dahus, les Satires (protecteur des bergers et des troupeaux soit dit en passant) ou encore les films que vous allez vous faire tout(e) seul(e) ? L’expérience et surtout l’envie de connaître l’environnement dans lequel vous évoluez sera alors une source d’apaisement mais aussi de curiosité. Vous apprendrez à reconnaître les bruits, les traces et tout ce qui fait la richesse de l’endroit où vous évoluez.

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Pour ma part, c’est par étapes que j’ai procédé et de façon naturelle. Le premier bivouac s’est fait à deux, puis seul près d’un refuge, puis je me suis éloigné de ce refuge en limite d’autorisation de bivouac. Jusqu’au jour où je me suis retrouvé à devoir trouver un coin pour dormir. Je dors dehors parfois mieux que dans mon lit maintenant car j’ai l’équipement dont j’ai besoin et qui me suffit, j’ai appris (et apprend encore !) la nature qui m’entoure et l’expérience de la recherche d’un lieu de bivouac 4 étoiles.

On pourrait parler de ce sujet pendant des heures mais il est temps pour moi d’aller faire mon sac. Ce soir, je dors dehors en solo ! et j’adore ça :-).

(crédit photo du petit chaperon rouge : http://luluh.canalblog.com)


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3 réflexions au sujet de « La peur du bivouac ou le syndrome du P.C.R (Petit Chaperon Rouge) »

  1. Bonjour ,
    Je viens de découvrir votre site que je trouve d’ailleurs très bien illustré . J’ai lu avec intérêt le sujet sur la peur du bivouac que vous décrivez si bien et là je suis plus rassurée , car j’ai déjà dormi en forêt ( deux fois) au début de l’été à 8km de mon domicile , le moindre bruit était atroce ! Mais il faut affronter cette peur qui nous tenaille ! Merci pour votre site .

    1. Merci Béatrice pour votre commentaire. Vous verrez que la prochaine fois, lors de votre prochain bivouac, cela ira encore mieux. Désormais, je dors aussi bien dehors (voir parfois mieux) que chez moi.
      C’est très encourageant pour moi d’avoir des retours comme le votre !

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