Chronique : Marcher, une philosophie 2.

Voici le deuxième volet des chroniques du livre Marcher, une philosophie de Frédéric Gros.

Hier je vous ai présenté deux thèmes du livre : La conquête du sauvage : Thoreau et un sur l’énergie.

Aujourd’hui, comme promis, voici les deux thèmes du jour : Pèlerinage et Régénération et présence.

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Pèlerinage :

La première évocation du mot pèlerinage nous fait penser à celui de saint Jacques de Compostelle. Véritable périple du marcheur ( plus sur la durée que sur la difficulté) où les motifs d’entreprendre cette marche sont multiples. Malgré la popularité de cette entreprise, le pèlerinage a d’abord été à caractère religieux. Au Moyen Age, se trouvaient parti sur les chemins, des croyants en partance pour Saint Jacques, Rome ou encore Jérusalem. Le pèlerin est un personnage concret, distinct. Être pèlerin, c’est un statut juridique.
On ne naît pas comme tel, on le devient officiellement par une célébration grave et solennelle pendant laquelle l’évêque ou le curé de la paroisse bénissait les attributs du pèlerin. Il leur remettaient une lettre protectrice, sorte de sauf-conduit lui permettant de séjourner dans certains monastères ou hospices et censé les protéger des bandits sur qui la colère de Dieu pourrait s’abattre en cas d’agression…
D’autres pèlerins se retrouvaient sur les routes. Jugés pour des fautes très grave( blasphème, homicide, viols…) ils étaient chassés afin d’expier leurs fautes. Cela valait de punition mais aussi permettait d’éloigner les coupables.
D’autres encore, partaient pour demander la guérison d’un proche sur le tombeau d’un saint ou encore pour remercier Dieu d’une grâce particulière.
Il faut quand même relativiser l’image solitaire du pèlerin au Moyen Age, sorte de personnage mystérieux protégé par sa cape, frappant à la nuit aux portes des monastères, sombre bâtisse reflétant de leur pierre, les éclaires de l’orage qui gronde. Pour des raisons de sécurité, ils partaient en petit groupe et souvent à cheval quand les distances étaient grandes, mais finissaient leurs étapes à pied dès que le sommet d’une église, annonçant la fin de l’étape, pointait à l’horizon.

Régénération et présence :

Les pèlerinages se retrouvent dans la plupart des grandes religions dont la nécessité est d’en revenir complètement altéré, purifié, comme lavé de soi-même. À ce titre, il est intéressant de citer le pèlerinage des hindous vers les sources du Gange. L’expérience de marcher vers un lieu est déjà en soi, une « purification » de part la difficulté des paysages traversés. Par exemple, le pèlerinage du Kailash au Tibet, emmène le marcheur au travers de désert minéral, végétal et de cols glacés, parfois au dessus de 5000 m.

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Long et difficile, c’est pourtant le passage obligé afin d’arriver sur le lieu saint avec un corps et une âme propre comme marque de respect aux divinités visitées. On retrouve ces exemples de pèlerinages un peu partout dans le monde : Indes, Tibet, Europe ou encore en Amérique du Sud, au Mexique, où le peuple Huichol parcours chaque année 400 km par une procession fastidieuse de rituels jusqu’au désert de San Luis Potosi pour aller ramasser le peyotl, cactus aux vertus médicinales et hallucinogènes.
La marche comme moyen de locomotion n’est pas un choix de hasard pour ces longs pèlerinages. Il est important d’y arriver à pied car, par elle-même, comme elle prend du temps, elle installe une présence en soi.
Lors d’un voyage véhiculé, nous nous arrêtons devant une église ou un temple, nous les regardons, les détaillons, les photographions, simple parenthèse entre deux trajets. Dès le matin, lorsque le marcheur aperçoit au fond, à l’horizon, la masse de cette montagne sacrée dont il faudra la journée pour cheminer jusqu’à ses pieds, son corps se charge de sa présence. Dans la journée il l’aura vue, puis perdu du regard au détour d’une colline, d’un vallon puis la retrouve. Il la sent dans son cœur, dans ses muscles, sa présence l’attire, l’anime et l’infuse jusqu’au plus profond de lui-même. La présence, c’est ce qui prend du temps. Quand enfin il sera arrivé à destination, c’est à peine s’il aura besoin de la contempler tellement son corps ( son âme ?) l’aura intégré, réalisé. Elle ne fera qu’un avec lui.

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Demain, je chroniquerai le chapitre parlant de La démarche cynique , vous allez voir, c’est succulent…

Si ce livre vous intéresse, vous pouvez vous le procurer dans l’ onglet « livre » : Marcher, une philosophie.

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Matt

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